dimanche 23 mai 2010

Rébellion !


Cette petite m’épuise, elle m’use… je n’en peux plus…
Cinq mois ?! Cinq mois qu’elle est née et qu’elle me colle ! Je ne peux plus m’en dépêtrer, si j’ai le malheur de m’éloigner, elle se met à brailler comme un veau. Mes jours et mes nuits lui sont dévouées… Non…Non… je dois plutôt dire sacrifiées !
Ha et puis ça y est !! ça attrape tout, ça goûte à tout, ça pia-piate, ça chouine !!! ça me casse mes oreilles si sensibles !
Cinq mois que je suis au garde à vous, à surveiller la précieuse chose…
Ça pousse vite, et c’est pleins de conneries à cet âge là. C’est pire que pour ma gamelle de croquettes ou de lait, faut avoir l’œil sans arrêt dessus…

Il faut dire qu’elle est précoce la petite, on le sait qu’elle a un don, elle en fait déjà l’étalage !! Mam’zelle rampe déjà, et plus vite que son ombre encore de mieux. J’ai assez à faire à la rattraper par le fond de culotte et de la ramener vite fait jusqu’à son parc.
Maïa lui a bien offert un dragon en peluche,histoire de l'occuper un peu et qu'elle me lâche la bride, mais la petite fait ses dents dessus hardi petit…Et puis le dragon, Emy a décidée à lui faire apprendre à voler, elle le jette dans tous les sens et me regarde fixement jusqu'à ce que j'aille le lui ramener... Me voilà à jouer le rôle du chien à sa fifille !
Non mais je vous jure... J'EN PEUX PLUS !!
Tiens parlons-en de Maïa ??!! Alors celle-là… la prochaine fois que je fais des petits, je lui en garde une portée !! La bourrique hein!! Cinq mois qu’elle m’a abandonnée à mon triste sort, cinq mois que je gère un monstre en lange et deux chenapans qui en veulent à ma queue et à mes moustaches… Sans compter ce grand steak de Philibert qui veut sans cesse me faire des papouilles ! Mais....Suis pas un chat de salon MOI !!! Dès qu'il s'approche trop près de moi, je suis obligé de me défendre à coups de griffes et feulements, le seul avantage qui en ressort, c'est que ça faite rire la petite aux éclats.

Cinq mois que je n’ai pas vu l’ombre d’une minette, je ne sais même plus ce que c’est que de miauler à la lune… Mon poil se ternit, mes moustaches sont en berne (enfin ce qu’il en reste puisque le petit amour tire dessus avec joie…) Et puis je ne parle même pas de mes baloches qui auraient une sale tendance à trainer par terre, d'ailleurs le jeune Nathan en a fait un terrible jeu - surtout pour moi, il veut à tout prix shooter dedans. Ce gamin est un psy-chapatte !! Il a décidé de me faire devenir chat castra !
Il n'y a que la douce Stélaphie qui me comble de douceurs et de pâtées affriolantes, il va falloir que je surveille attentivement ma ligne de chat de compète, parce qu'à ce compte là, je vais finir gras comme une loche.

Bon, elle revient quand Maïa ??? Si ça se trouve elle s'est trouvé d'autres animaux de compagnie, l'ingrate !

mercredi 12 mai 2010

Vol plané


Je suis debout... Face à l'horizon, le cheveu dans le vent, que dis-je... La tignasse emberlificotée par les bourrasques...
Je suis sur la brèche, tout au bord, du bord du vide. En me penchant un peu, j'aperçois les rochers acérés en contrebas. Les vagues viennent s'y fracasser à grands coups de buttoir. Un frisson me parcoure l'échine, tout doucement j'écarte les bras, Mes mains se sont ouvertes, et le vent s'enroule autour de mes bras, plaque le long de mon corps mes vêtements. Une bourrasque plus forte que les autres me coupe le souffle. IL faut que je me décide maintenant. Je suis forte ou pas !! Dans mes oreilles, le murmure d'Eole :
- Tu peux le faire...
J'aspire une goulée d'air iodée, un coup d'oeil à droite et à gauche... Personne ! C'est le moment ou jamais. Autant ne pas
se rater ! J'avance d'un pas, me mets sur la pointe des pieds, m'étire de tout mon long et me jette dans le vide.
L'impression de planer, de voler, impression de liberté. Des larmes s'échappent de mes yeux pour se perdre dans ma chevelure. Je n'ose sourire de toutes mes dents, de peur d'avaler un moucheron... Ou que sais-je de percuter une mouette paumée. ( Moi et mes frousses à la manque)

Au moment ou je tends les bras et m'apprête à siffler, je me sens percuter au niveau des genoux, passe cul par dessus tête et me retrouve sur un tapis de mohair... Volant ! Comme conducteur un petit bonhomme brun entortillé d'un turban bleu. Mais qu'est-ce qu'il fout là lui ? Il m'a foutue en l'air mon magnifique saut.
- ça va mamz'elle ? t'y n'as pas de mal ? Faut pas faire ça mam'zelle...
- Non, mais je rêve ? de quoi je me mêle ?
- Et pourquoi t'y veux sauter, elle est pas belle ta vie ?
J'en reste comme deux ronds de flancs.. Mais y croit quoi lui ? que je voulais attenter à ma vie ? Meuh nan ! Suis pas assez courageuse pour ça, il plaisante non ?
- Mais si, elle est belle ma vie...
- Alors pourquoi t'y jeter dans le vide. T'y es malade ? j'y comprends pas...
- STOP.... Je t'explique, j'ai pas voulue me tuer du tout... Je m'exerce.
- Mais t'y a pas de parachute...
- Nan ! Mais j'ai un balai !
- Ben t'y l'a oublier en sautant, parce que là, t'y es toute seule !
Malgré moi, je me pète un fou-rire, je me mets à sa place, c'est vrai que voir une barjot sauter du haut de la falaise de la mort, et jurer sur tous les diables qu'elle ne voulait pas se donner la mort, c'est un peu gros à avaler. J'ai beau lui expliquer mon petit exercice, une fois, deux fois, il ne comprend pas...
- Ecoute ! Ramène moi au bord de la falaise et je te montre... Mais promets moi de ne pas intervenir.
- Chais pas, c'est pas bien d'y jouer avec sa vie comme ça.
Après bien des palabres, à force de gesticulations, je réussies à lui faire entendre raison. Il me ramena en douceur et tout confort (épais le tapis... genre douillet) sur le bord de ma falaise. Bon, c'est pas tout ça, mais il faut que je me recentre, décompresse, et me recompose. Grand vide en moi, j'appelle à moi les éléments. A la rescousse Eole, portes moi encore une fois. Je sens mon sauveteur sur le qui-vive, un poil aux aguets. Je souries en coin...

Une impression de déjà-vu, sur ma brèche les bras en croix, le monde devant moi. Je m'élance, me lance, l'air me porte, je plane littéralement. Je me laisse griser par cette impression, mes genoux se rapprochent et se love contre moi. Un coup de sifflet, un courant d'air me déporte un peu, je le sens glisser sous moi. Mes mains s'y accrochent, m'y voici assise.
YESSSS !!! J'ai réussie mon coup !! Mon sauveur improvisé m'a rejoint et vole à mes côtés, complètement éberlué.
- Alors là, si j'y m'attendais ...
- Tu vois je te l'avais bien dit !
- Et ça fait longtemps que t'y fait ça ?
J'éclate de rire. S'il savait vraiment...
- Non, d'habitude je m'entraine du haut d'un chêne, mais je voulais voir si de plus haut, c'était possible...
- J'y crois pas dans mes yeux, s'y jeter dans le vide tout ça pour s'asseoir sur un balai... T'y peux pas décoller directement du sol?
Il secoue la tête en levant les yeux au ciel. C'est sûr il me prend pour une folle.
- Et si t’y sais plus siffler hein ?
Là ?! Il me coupe la chique !

lundi 3 mai 2010

Le Marquis


Venant de la classe sorcière de terre, donc du petit peuple, il m’arrive quand même de cotoyer quelques grands de ce nom. Lors de mes périples, voyages ludiques ou non, les rencontres s’amoncellent et me font un beau parterre de connaissances. Y fleurissent allègrement des scribes, mages, sorciers, inventeurs, enchanteurs... Et un Marquis !
Pardon, on ne se prive de rien chez Maïa ! Un marquis voyez-vous ça ! Hé oui, petit Marquis certes, mais Marquis quand même, avec le chateau qui va bien, les terres qui l’entourent, et les caves remplies je vous le donne en mille, de trésors vinicoles !

1er Mai oblige, chez moi c’est la tradition, j’invite toute ma tribue à fêter ce soltice ! Convois de balais jusqu’à ma chaumière, débauches de bouteilles, de rire, de bonne ambiance ! Les voisins s’invitent, les échanges vont bon train, les langues et le gosier aussi. Mon marquis arriva en calèche premier prix, le balai lui ça ne le tente pas de trop (sans doute un problème d’équilibre dû à trop de dégustations). Sa venue est toujours très attendue. Tout le monde l’adore mon Marquis. C’est vrai qu’il est gentil, et plutôt beau gosse si vous voyez ce que je veux dire. J’en connais certaines d’entre vous qui attendent des détails... Certes, certes, je m’empresse de vous les donner. Belle gueule aux yeux noisettes, un regard à vous donner la fièvre, une moue tentante, un petit cul haut et ferme... Les muscles bien dessinés... Et des dents quelque peu effilées... Et puis très poli avec ça ! Il ne mange pas avec ses doigts lui !

Epicurien, homme de la terre, il savoure les mets les plus divers, l’entendre parler de vins est un enchantement, mes invités sont à chaque fois ensorcellés. Bien évidement qui dit bien naît, dit cultivé... Donc les conversations vont bon train, on écoute Monsieur le Marquis avec attention. Les femmes déjà se pâment... Arrrgh, qu’il est beau le Marquis, surtout quand il sourit et rit à gorge déployée. Son rire est une cascade tonitruante qui vous emporte dans de sacrés fou-rires...
Comme la tradition, le veut, le 1er mai, c’est randonnée, pour terminer à plus de 700 mètres d’altitude dans nos montagnes d’Euskadi pour profiter d’un bol d’air pur venant de l’océan, et d’une vue imprenable à 360° sur le paysage environnants. Tout le monde attaque la montée (45 minutes de marche quand même, des côtes que même un pottok hésite à grimper). De petits groupes se forment, ça papote dans les rangs, ça rie, ça s’époumone dans la montagne. Au bout de dix minutes... Plus de Marquis ! Mais ou est-il passé celui-là ? Il ne connait pas le chemin, pourvu qu’il ne se paume pas dans la brousse. Au bout d’une demi-heure on le revoit arrivé...
• Ben c’est ou ? y a rien ? la route continue toujours ? j’ai faim, c’est encore loin ?
C’est vrai qu’on en est au troisième col... et ça monte toujours. Et puis au Marquis, on lui a promis de l’agneau cuisiné d’une certaine façon. Et le grand air, ça ouvre l’appétit !!
Ca y est, nous y voilà. Malgrès les nuages, la vue se dévoile à nous. J’ai beau y être habituer, j’en reste toujours schotchée.
• Oui c’est beau, on verra ça plus tard... On va manger nous dit le Marquis d’un tom péremptoire.
L’homme a faim. C’est vrai qu’en y regardant bien, les canines s’allongent et se font luisantes. De mon index, je me tapote les lèvres en lui faisant signe de les cacher un peu mieux. Les autres vont finir par le remarquer.
• A TAAABLE ! s’époumone le cuistot.
Telle une volée de moineau, nous voici tous à table sous le auvant de la borda. Fourchettes et couteaux en avant. Je me cale à côté de mon Marquis. Qu’il retienne encore un peu son appétit, et ne me dévore pas une des femmes de la salle, qu’il lorgne d’un regard concupiscent posé sur la nuque dégagée.
• Ranges tes dents, un peu mieux... ça va finir par se savoir !
Il me regarde d’un air contrit. Soudain, ses narines s’écartent, son regard se fixe... Le plat arrive. A peine, posé sur la table, pas le temps d’esquisser un geste que le Marquis s’est jeté sur la pitance, qu’il dévore goulument. Les autres en sont abasourdis. Le cuistot ramène aussi sec, un second plateau pour le reste de la tablée.
J’en surprends à chuchoter. Mais quel est-il ce drôle de Marquis qui devant un plat d’agneau en oublie la bienscéance.

vendredi 23 avril 2010

Interlude... Le pourquoi du Comment ?!




Mais pourquoi est-il si méchant ?? A-t-il été élevé à l'amertume, l'envie, la méchanceté ? Un pauvre enfant abandonné ? Une Cosette du pays magique ? Un Rémy sans ami ?
Que nenni, cet enfant fut l'aîné de trois garçons destinés à un grand avenir dans le monde des mages. Papa, Maître du 1er cercle est un homme droit, rigoureux et juste. Il distribue allègrement compliments ou taloches suivant les besoins de ses garçons. Et Callaghan n'en a pas plus que ses frères. Maman est une Graceling, une de ces femmes aux yeux vairons qui détient le pouvoir de médium. Charmante et élégante, jamais un mot plus haut que l'autre, ses enfants savent d'avance qu'il ne faut pas jouer avec elle. Elle sait tout, devine tout...

Alors d'ou vient cette méchanceté, cette envie de pouvoir ? Callaghan aurait-il tremper le doigt dans une potion qu'il ne fallait pas ? Se serait-il trouver sur le chemin d'un jeteur de sort maudit ? on sait de source sûre que cet enfant était un petit prodige à l'école de magie. Sautant allègrement d'une classe à l'autre sans passer par la case des 10 000 et de la case prison des pénitences. C'est sûr son destin était tout tracé, il reprendrait le flambeau du père et dirigerait l'étude du 1er cercle !
A son quinzième anniversaire, la Tante Cunégonde lui offrit le coffret du parfait alchimiste... Comment transformer la pierre en argent... Et surement comment de gentil devenir méchant... Un mélange malchanceux de chicorée, gentiane, absinthe, sang de dragons et sirop de tarentule commença par lui faire pousser les poils sur le menton, et naître un poireau sur le bout du nez. Mauvais départ pour lui... Après une nouvelle expérience qui lui coupa définitivement la croissance, le coffret fut jeté sans remord au bûcher.
Pour parfaire son enseignement, son père prit sur lui de l'envoyer en Terre du Milieu au pays des Elfes. Ainsi son parcours serait complet. L'arrivée de Callaghan en Terre du Milieu, fut noté dans les annales, ce petit bonhomme effacé ne trouva rien de mieux en tombant de son cheval, que de tomber fou amoureux de Vana (Elfe puissante et noble, reine des fleurs).. Et ça, ça ne se fait pas !
La belle le rejeta à maintes et maintes fois, le pti teigneux s'accrocha tel un roquet à un molet. Continuant ses études de magie, il apprit le pouvoir des plantes, des fleurs...Son pouvoir s'aggrandit, sa soif de vaincre s'amplifia et devint démesurée. Vana, il voulait, Vana il aurait. Son projet fut rien de plus simple que de l'enlever. Un poil de laurier rose, une pincée de Belladone dans son thé, suffirait à l'endormir.
A la faveur d'une nuit, une folle chevauchée s'engagea. Vana en travers de sa selle, il parcourut quelques kilomètres avant d'être par les Elfes du camp encerclés. Armés de puissants arcs aux flèches empoisonnées, ils l'entourèrent, et le forcèrent à mettre pied à terre. Magie contre armes de guerre. Callaghan se démena comme un beau diable, jusqu'au moment ou Vana se réveilla...
- Jamais tu ne m'auras, jamais je ne serais à toi ! Plutôt mourir que de vivre ça !
En disant ces mots, elle se jeta en avant, Se trouvant sous le passage d'une flèche qui de part en part la transperça. Callaghan hurla et la rattrapa avant qu'elle ne s'effrondre par terre. Dans un dernier soupir, elle lui jeta :
- Je te maudis pour ça ... Plus cruel encore tu seras, jamais de repos tu n'auras....

mardi 13 avril 2010

Interlude


à ce mot là, on comprendra bien que quelques petits textes sans rapport avec notre quête vont se glisser comme ça sans prévenir au fil du temps... Petits délires de l'auteur, qui s'offre ainsi une parenthèse dans l'histoire de notre sorcière.


"Jack et Erlon."
Lors d'une nouvelle aventure, Erlon et Jack se sont rejoint pour affronter les éléments. Si courir les mers est un jeu d'enfant pour Jack, il n'est pas difficile de se douter que pour notre sympathique Dragon, la chose est beaucoup moins aisé. Bien évidement cela donne lieu à quelques instants cocasses qui vu de l'extérieur nous font franchement rire... Mais pour nos protagonistes, l'instant est beaucoup moins joyeux....
Jack à bord de sa goelette a repris la mer depuis 4 jours, lui et son équipage croisent du côté des Mers Féc-Onde. Sur une des archipels qui peuplent cette mer, il est raconté qu'un coffre renferme un coeur de dragon encore battant. Seul un dragon peut espérer le trouver. Jack bon gré, mal gré, s'est résigné à appeler à la rescousse Erlon.
- Cap'taine ! Cap'taine, Dragon à babord en approche ...
à l'appel du mousse, les matelots jettent un regard d'abord interloqué à Jack, ont-ils bien entendus ? un Dragon ? la panique commence à alimenter la troupe, le pont se couvre de l'équipage en quelques secondes.
- Un dragon ? ou çà ?
- Armez les canons, sabres au clair ... ça s'égosille dans tous les sens...
Tim le second de Jack sort de la cabine en se rajustant, se plante sur le pont, jambes écartées et poings sur les hanches
- VOS GUEULES LES MOUETTES !!! Le dragon est attendu et fait partie de voyage, le cap'taine l'attend !
Un grand silence retentit aussi sec, l'équipage en reste comme deux ronds de flanc, seul le WOUUUFFFF WOUFFFF WOUFFF puissant des ailes de Erlon se fait entendre. Jack sort enfin du carré, ajuste son tricorne et lève le nez... Tim, satanée féline s'approche de Jack, lui posant une main sur l'épaule
- Dis donc Jack, l'est plutôt grand ton dragon, va jamais pouvoir se poser sur le pont.
- Ben... Je me souvenais pas qu'il était aussi gros !
Le moussaillon dans le nid de pie se mit à brailler
- ARRRGH, il vient se poser, la vache il est énorme !
Il descendit plus vite qu'il n'en faut pour le dire sur le pont et se réfugia derrière Jack, Tim se chargea de le faire déguerpir d'un coup de pied au cul.
- Décale, poltron ! Et fais en sorte que le dragon ne t'entende pas parler de lui ainsi, il pourrait t'avaler tout cru.
Erlon en approche, tendit ses énormes pattes puissances et griffues pour se poser sur le mat de misaine. l'encombrement des voiles, des mats, des cordages l'empêchait de se poser sur le pont. Une grande ombre couvrit le pont le temps qu'il replie ses ailes. Le bateau supporta le choc, mais se mit à gîter tel un bouchon sur la mer.
- Heyyyy Jack, sympa ta coquille de noix... Tu penses qu'elle supportera mon poids ?
- Salut Erlon, bon voyage ? Tant que tu ne gigoteras pas trop, ma coquille de noix t'emportera ou tu voudras. Allez les gars, retournez à vos postes, je ne veux plus personne sur le pont. Bande de mollusques ! Au turbin !
Tim se chargea de faire déguerpir les trainards en les haranguants pis que pendre. Ceux qui devaient remonter dans les matures, hésitèrent un instant avant de se mettre à l'assaut des échelles de cordes.
- Déferlez les voiles, les gars ! Mettez en panne...Que je monte parler à mon ami.
Jack escalada en un rien de temps les mats pour venir s'assoir à côté d'Erlon. Pour ceux qui n'ont guère l'habitude de voir un dragon perché sur un mat, ça donne l'équivalent en gros d'une grosse poule sur un perchoir.
- Burrrp ! Heu... Jack ? on peut pas faire quelque chose pour le tangage là ?
Notre pirate étonné regarde Erlon... Qui de cramoisi commence à prendre une jolie teinte verdâtre. Les yeux d' Erlon deviennent deux billes qui sont en roue libre dans les orbites.
- Hé mon Gars ?! Dégobille pas sur mon navire hein ! t'as qu'a t'envoler un peu...
Un énorme hoquet secoua Erlon, ses joues se gonflèrent. Le pauvre dragon ne tenait plus le roulis. Il se contracta, déglutit......
- BUUURRRRppppllll WOUUUUCCCHHHHH......
Un énorme jet de feu jaillit des naseaux et de la gueule de Erlon. Mats et voiles s'envolèrent en fumée. Jack, le bouc et les moustaches grillées, n'en revenait pas. Erlon un rien penaud, d'un souffle léger éteignit avec l'air de rien une flamèche fumante sur le tricorne de Jack.
- Nom d'un canon à bille ! ERLOONNnnn ! Mon bateau ! Sacrebleu ! C’est ton coeur battant que je vais embrocher !
D'une secousse, d'un battement d'ailes Erlon reprend son envol pour ne pas subir le courroux de Jack.

dimanche 21 mars 2010

Les fileuses


- Sais-tu qui nous sommes ? J'espère pour toi que tu ne nous a pas invoqué pour rien !
- Il t'en coutera le reste de ton temps !
- Hooo, elle a pourtant l'air si gentille...
Toutes trois me regardent, j'ai trois générations de femmes devant moi, une enfant, une femme de mon âge, et une vieillarde. Toutes ont un rouet, et n'arrêtent pas de filer... La plus jeune chantonne :
- Fil, file, filons le temps...
Mince alors ! Ce sont les fileuse de temps, les tisseuses du destin. Je ne connais personne qui les a rencontrées et pour moi ce n'était qu'une légende racontée le soir à la veillée, c'est d'un risible !
La plus âgée semble s'impatienter, elle tapote sur pied.
- Alors, jeune innocente ? qui sommes-nous, et que faisons nous ?
- Vous êtes les tisseuses du destin, vous filez la vie de chacun.
La plus jeune sautille sur place en applaudissant.
- Elle est douée, elle a trouvée !
- Calme toi, pas tout à fait... Que filons-nous aussi ? que se passe-t-il si nous coupons le fil ?
Erlon s'agite sous moi :
- Gnorurffff...pfffienfmdmff !
- Nous ne t'avons pas baillonné pour rien cher Draco ! Ce n'est pas à toi que nous posons la question ! C'est une épreuve pour ta protégée, si réponse elle ne sait, son fil sera coupé.
J'inspire un bon coup, il ne faut pas que je me plante là ! Je regroupe mes connaissances.
- Vous êtes les fées fileuses, vous détenez sur vos rouets les vies de chacun d'entre nous, filant nos actions, notre avenir, notre héritage. Le fil de soie peut de lui même se casser, mais vous pouvez aussi le couper, et celui dont la vie est entre vos mains en mourra... Et pardonnez moi, je ne vous ai pas invoquée... Enfin pas consciement, je me suis juste rappeler le charme que ma mère utilisait pour ses potions de guérison.
- Tout ce que tu dis est juste !
- Ho Ouiii, tu as gagnée : rajoute la benjamine.
La vieille esquisse une moue, son rouet va de plus en plus vite, le fil de soie dans ses mains s'allonge, s'allonge prêt à céder. Je ne peux qu'espérer que ce fil ne soit le mien.
CLAC !!
Je ferme les yeux, trop tard ! Je les rouvre tout doucement ! Ha ben non, ce n'est pas moi... Pourtant, il y a quelque chose de pas très clair, une sensation de vide...Sous moi, je sens erlon s'effondrer. Un cri d'angoisse et de désespoir sort de ma gorge.
- NOOOooonn ! Pas lui...
Les fils qui jusque là, nous engluaient s'évaporent, je suis libérée. Je descends du dos d'Erlon, je sens sous ma peau les picotements de la colère... Je me retourne fulminante vers la harpie.
- Vous n'avez pas le droit ! Il n'avait rien fait lui ! Et j'ai répondue correctement à vos questions ! je ...
- Tu quoi ? Jeune effrontée ! Prends garde, ne juge pas sans savoir !
La plus jeune se détache du trio, passe devant moi, et vient poser la main sur la tête de Erlon, je sens les larmes qui coulent le long de mes joues.
- ça va ? tu t'en remets un peu ? Chuchote l'enfant.
Ebahie, je vois les ailes d'Erlon se déployer pour se secouer, sa tête se relève tout doucement, ses yeux sont en roues libres. Il claque du museau comme au sortir d'une gueule de bois.
- Rhooo, j'suis désolée Maïa... Je croyais que c'était ton fil qui se rompait, trop d'émotions, j'ai pas tenu le choc.
J'en reviens pas ! Ce grand nigaud est tombé dans les pommes, c'est trop fort !
Oups ! Et moi qui commençais à vouloir injurier l'aînée. Elle me regarde en chien de faïence, histoire de voir si j'ai quelque chose à rajouter, j'ai l'étrange intuition que je ne me suis pas faite une copine... Et quand on sait ce qu'elle file entre ses mains, c'est pas encourageant pour moi.
- Sache jeune écervelée, qu'un draco n'a pas de fil tissé pour sa vie...
- C'est sûr ! renchérit la petite, la bobine serait trop grosse !
la seconde me regarde les yeux pétillants de malice et glousse de rire.
- Suffit ! claque le rappel à l'ordre, ta vie est sauve, ton fil ne sera point coupé, ton héritage est en marche, et tu dois y arriver pour le transmettre. nous passons sur le fait que tu nous ais invoquée - à tes dires par inadvertance. Que cela te serves donc de leçon !

vendredi 12 mars 2010

Traquenard


Malgré le mal de crâne lancinant (il paraît que ça va finir par s'estomper à la longue), j'essaye de focaliser mon attention sur ce qui à l'air de poser un souci à mon grand dragon. Il cale sur une rune ! Lui, le grand lecteur universel des runes, cale sur un petit dessin... Bon je l'accorde, les runes à traduire ce n'est pas un cadeau ! des batons dans tous les sens, des angles, des pointes... Alors en plus quand elles sont gravées face aux intempéries, recouvertes de mousse, de feuilles.
- Hummm, j'hésite vraiment, mais... Oui... Oui... c'est bien celle-ci, regarde Maïa, et dis moi celle que tu vois.
- Destinée, j'en connais le charme, Maman me le disait souvent quand elle préparait ses potions de guérison, ça donne ça :
" Au-dessus de nos têtes,
Elles tissent, glissent,
Douces voix, dans les fils et la trame,
Préparent joies et drames,
Partent et s'en reviennent,
Les fileuses du destin"
- NOOOONnn, ne les invoquent pas, pas comme ça ! Hoooo Maïa !!
Je regarde interloquée Erlon, qui me jette un regard effrayé, désespéré. Qu'ais-je encore donc fait ? Pourquoi ce dragon de cinq mètres flippe autant ? j'aurais vraiment tout vu !
- Ben quoi ? tu m'as demandé ce que je voyais.. Je te le dis c'est tout !
- La rune oui, pas le charme qui va avec, Maïa, il faut que l'on parte vite, grimpe sur mon dos, on prend la tangente vite fait là.
Je ne cherche pas davantage à comprendre, je ressens un changement imperceptible dans l'air, je grimpe sur le dos du dragon, il déploie ses ailes et commence à entamer le décollage, quand des fils poisseux se prennent dans mes cheveux, je l'ai enlève d'un air dégouté, ils sont aussitôt remplacés, de plus en plus nombreux.
- Erlon, vas-y décolle !
- Je... Je ne peux plus... Je suis lié.
Alors que je veux descendre de son dos, je m'aperçois que je ne peux plus bouger, je suis collée, engluée. Des fils d'araignée ! on en est totalement recouvert. Je frissonne de dégoût, c'est plus que je ne peux en supporter, des araignées ! Ok, je tolère celles qui vivent dans ma chaumière, mais j'ai comme le sentiment que celles qui nous emprisonnent ne sont pas du même acabit. Je crains de voir apparaître une énorme araignée -mangeuse de sorcière et de dragon. Beurk !
- Erlon ? ça va ?
- Grnououfff... frprprmmmf !!
- Hein ?
Ho non ! tout autour du museau ? muffle ? de Erlon, les fils se sont enroulés pour lui clore le bec, il peut tout juste respirer, nous voilà bien. Je passe en revu mes sortilèges, un charme qui pourrait défaire les entraves...
- Tu ne pourras rien y faire ! Essaye toujours, mais aucune réussite ne sera !
Voix douce d'enfant !
- Laissa là donc essayer, que par elle même, elle le voit...
Voix attendrie d'une femme.
- Allons les filles, le temps passe, nous n'avons guère de temps pour cela !
Rappel à l'ordre d'une voix chevrotante.
Trois silhouettes se découpent derrière les trônes.